03/11/2009

La leiçon de Lévi-Strauss

V'aquí çò qu’escriviá Edwy Plenel en 2005 dins Le Monde 2 jol títol “La leçon de Claude Lévi-Strauss”. I es ja question d'identitat nacionala mès tanben del centralisme egocentric francés e de l'exemple de la Catalonha :
« Un grand homme, c'est un siècle. Une marque qui reste à échelle de vie humaine, une empreinte sans appel, une légende sans retour. Ce n'est pas forcément affaire de durée, d'années accumulées, et certainement pas d'un temps géré avec une mentalité d'épargnant, prudente et calculée. Un siècle, cela peut se jouer en un an comme en cent, et le nôtre, celui qui vient, se joue peut-être chaque jour depuis les ébranlements de 1989 et 2001, la chute du Mur et la chute des Tours. Pourtant le grand homme qui nous occupe ici a pour lui le bénéfice de l'âge : il a eu beau avoir sans cesse risqué son temps, des chances successives l'ont mystérieusement épargné. Et, à déjà 96 ans, Claude Lévi-Strauss continue de vivre au risque de la pensée, contre les habitudes et les facilités.
Ceux qui l'ont entendu, il y a une semaine, le 13 mai, sous la coupole de l'Académie française, ont pu le vérifier. Un savant parlait, mais sa parole allait au-delà de son savoir, rejoignant l'itinéraire du citoyen du monde qu'il n'a cessé d'être, depuis sa longue jeunesse militante à la gauche du Parti socialiste jusqu'aux révolutions intellectuelles de l'âge adulte, celles des Structures élémentaires de la parenté (1949) et de Tristes tropiques (1955). "Il n'est aucun, peut-être, des grands drames contemporains, disait-il, qui ne trouve son origine directe ou indirecte dans la difficulté croissante de vivre ensemble." L'humanité, poursuivait-il, est devenue "sa propre victime", n'ayant pas compris que ses droits "cessent au moment où leur exercice met en péril l'existence d'autres espèces".
L'homme détruit, et du coup se détruit, nous avertit l'ethnologue, fort d'un savoir acquis auprès des sociétés sans écriture. Leurs "sages coutumes", de protection et de respect de la vie et des espèces à l'entour, nous indiquent la voix du salut : renoncer au vertige de la puissance et de la solitude, accepter de "faire de l'homme une partie prenante, et non un maître de la création". Le lecteur se demande sans doute ce que ce prophétisme écologiste vient faire dans notre actualité. Il se le demande d'autant plus que ce discours d'un homme rare et l'événement qui l'a suscité sont passés inaperçus, ne provoquant guère plus qu'une dépêche et une photo d'agence.
Or l'événement comme le discours étaient européens, à deux semaines du référendum français dont l'Europe est l'enjeu. Le thème même du propos de Lévi-Strauss n'était pas indifférent : "L'ethnologue devant les identités nationales". Quant à ce qui le provoquait, c'était de recevoir, à Paris et non à Barcelone, eu égard à son âge, le prestigieux prix international Catalunya, créé en 1989 par le gouvernement autonome catalan. Ce prix, par lequel la Catalogne distingue les pensées du monde, a déjà été décerné à des Français, Jacques Delors et Edgar Morin notamment. Marquant l'importance qu'il y accorde, le président du gouvernement catalan, Pasqual Maragall, s'était déplacé pour l'occasion. Il s'est exprimé en français, excellemment, tout comme le président délégué du jury, un philosophe.
Quant à Lévi-Strauss, avant de nous inviter à vivre ensemble par le respect des ailleurs et du divers qui nous entourent, il a commencé par saluer la récente fondation par la Generalitat de Catalunya d'une eurorégion Pyrénées-Méditerranée. Faisant l'éloge de cette "vaste contrée transfrontalière", il a ajouté ceci : "J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent."* C'est alors qu'au nom du jury le philosophe catalan fit écho à l'ethnologue français et à nos débats hexagonaux, en paraphrasant un célèbre libelle du Marquis de Sade révolutionnaire : "Français, encore un effort pour être européens !"
Ce n'est certes rien, juste une remise de prix, un simple instant protocolaire, et pourtant ce nous semble un fait significatif. Une grande région d'Europe, dont le martyre républicain porta nos idéaux universels, se déplace à Paris pour distinguer solennellement l'un de nos grands intellectuels, dont toute la pensée exprime le souci du monde, et ce lieu de vieille grandeur nationale qu'est l'Académie française accueille la cérémonie ; mais c'est chez nous, en ce pays-ci, un grand silence qui salue l'événement ! Si l'on veut bien regarder son pays comme si on n'en était pas, alors l'anecdote n'en est plus une. Comment, de l'autre côté des Pyrénées, ne pas y voir l'illustration d'une France qui a le nez collé sur elle-même, n'ayant plus d'yeux pour ce qui la dépasse et la prolonge ?
La Catalogne le prouve : l'Espagne ne doute pas de son identité européenne quand elle accepte de vivre sa pluralité nationale. Sa démocratie est vivante, jeune, féminisée, dynamique, surprenante comme l'a montré le vote qui a suivi les attentats du 11 mars 2004, refus du mensonge et de la peur. C'est une sorte d'anti-portrait d'une France qui n'entend pas la leçon de Claude Lévi-Strauss. »
* Ajuste la fin de la frasa que Plenel balhava pas : « L'Eurorégion crée entre les pays de nouvelles relations qui débordent les frontières et contrebalancent les anciennes rivalités par les liens concrets qui prévalent à l'échelle locale sur les plans économique et culturel. »
Podètz trapar lo discors entièr de Lévi-Strauss aquí en version francesa o catalana.

5 commentaires:

Joan deu Peiroton a dit…

Me reconeissi per ua part fòrça importanta dins l'eretatge de Claude Lévi-Strauss. Nos mancarà.
Coma o sòli dire: sai pas exactament on comença mon país au nòrd, segur en quauque lòc entre lo pòle nòrd e los Pirenèus, ni tanpauc on s'acaba al sud, segur en quauque lòc entre los Pirenèus e lo pòle sud. O benlèu es l'invèrse. D'una causa soi segur: los Pirenèus son l'espina dorsala de mon país.

Anonyme a dit…

Siás un savi ! L'importent es l'escambi.

Patricia a dit…

Anomyme soi ieu... blonda...

manjacostel a dit…

Ièr ausiguèri lo concèrt de lausanjas, levat l'article de Marianne que lo mostra coma un òme plan racista???? E òc , qu'es pas de creire , un òme que somièt pas , fin finala, que de servar las vièlhas societats endarrièradas... E encara una citacion a prepaus de l'Islam , fòrça pebrada
Bon passem. Mas ne'n sabi pas mai...

Sus France Cultura, encara , parlèt lo seu amic M Serre per dire que remirava l'écologista de la primièira ora, ambe M Dumont...
Se trobèt que que veniài de legir una declaracion de M Serre que declarèt , fa gaire, sus France Cultura me sembla, e que disià seriosament : "om pòd pas parlar una lenga que sab pas dire lo mot ADN"
Parlava del gascon e de l'occitan,
el que nasquèt de Pau....
Alara i compreni pas ren a totes aquelses universalistes , a n'aquesta mena de tolerencias que s'aplican pas que defòra l'exagòna.
Es pas bèla la diversitat .
Espèri que L Strauss èra diferent ...

manjacostel a dit…

Ieu soi pas gaire blond de la cauçadura negra...
Vertat qu'es bèla la frasa que Plenèl balhèt pas sus las relacions de solidaritat naturalas, d'una man a l'autra de las Pireneàs ...